Petite pause avec l’Ami Gustave – La méthode du discours

« La droite a toujours pour seul projet la destruction de l’emploi alors que les Français demandent au contraire sa sécurisation.
En fait ils ont changé le nom de leur parti mais pas leur recette libérale semble-t-il. »

 

Dans la série la phrase la plus con, la récitation de Isabelle Mathurin, responsable secteur services publics au Parti Communiste Français.

La phrase en elle-même relève du grotesque – comment peut-on ainsi prétendre qu’un parti politique, quel qu’il soit, d’avoir pour intention première la destruction de l’emploi ? En effet, les premiers dirigeants politiques capables de créer et de pérenniser l’emploi s’assureront un avantage certain au cours des élections suivantes.

Passons cependant l’analyse de toutes les inepties de cette déclaration, chaussons nos lunettes et notre sonotone et revenons sur une étude précise du contexte de cette phrase. Et surtout comment elle a été prononcée.

La représente communiste était interrogée au cours de l’émission « Radio Brunet » sur RMC à propos de la proposition cohérente de Jean-François Copé de revenir sur le privilège de l’emploi à vie dont jouissent tous les fonctionnaires.

Écoutons simplement l’intervention – presque – complète de la responsable politique :

« Ecoutez euh…moi, Permettez-moi quand même de faire une petite remarque préalable sur les déclarations de Jean-François Copé, c’est que je trouve qu’il n’a aucune alternative à la politique gouvernementale, hein, ce sont des recettes ultra-connues. Les quinquennats Sarkozy – Hollande c’est deux millions de chômeurs supplémentaires. Bon, euh, c’est tout dans le même sac.

La déclaration de Monsieur Copé montre bien que la droite a toujours pour seul objectif la destruction de l’emploi alors que les Français demandent au contraire sa sécurisation. Ils ont changé le nom de leur parti mais pas leur recette libérale hein me semble-t-il.« 

En presque live ci-dessous :

Et là, le drame. La technologie coince, la qualité de la communication téléphonique se dégrade de manière lamentable et Eric Brunet, animateur de l’émission, se voit contraint de couper la communication. Promettant un retour rapide de l’interlocutrice, qui revient effectivement dix minutes plus tard. Histoire de poursuivre sa démonstration. Ou tout simplement de la recommencer. Écoutons à nouveau l’interviewée ronchonne :

« Permettez-moi d’abord une remarque sur cette proposition de la droite, qui montre bien qu’elle n’a pas d’alternative à la politique gouvernementale, hein, que les quinquennats Sarkozy – Hollande c’est deux millions de chômeurs quand même, il faut le dire, en plus. 

Et que la déclaration de Monsieur Copé montre bien que la droite a toujours pour seul projet la destruction de l’emploi alors que les Français demandent au contraire sa sécurisation. En fait, ils ont changé le nom de leur parti mais pas leur recette libérale semble-t-il.« 

En presque live ci-dessous :

Ah ben oui, c’est tout pareil. A la virgule près.
L’incident technique du téléphone défaillant nous permet d’aborder le sujet d’un regard nouveau et d’illustrer à merveille les enseignements de Gustave Le Bon, célèbre sociologue français de la fin du XIXème siècle dont on retrouve ici les principales observations.

Passons à la loupe du Gustavomètre la double récitation de Madame Mathurin :

« La chose affirmée arrive, par la répétition, à s’établir dans les esprits au point d’être acceptée comme une vérité démontrée. « 

Dans ce cas précis, on n’ira pas jusqu’à affirmer que la mauvaise qualité de communication lors de la première intervention était volontaire. Ce serait mesquin. Mais, grâce à cet incident anodin, il devient évident que le simple commentaire d’une déclaration matinale demeure en fait un discours formaté et appris par coeur. Il y a fort à parier que lorsque la Dame Mathurin est interrogé sur le statut des fonctionnaires, la réponse donnée – toujours en adéquation apparente avec le contexte de la question – sera sensiblement la même, avec au passage des mots et associations clefs : aucune alternative au gouvernement de la part de l’opposition (cela marche donc dans n’importe quel sens, que le PS ou les Républicains soient au pouvoir), une politique créatrice de chômage, une intention notable de nuire au travail et donc à tous les salariés et enfin, en guise de parfaite conclusion, glissé à chaque fois, le mot libéral décrié, conspué, le Mal incarné.

« L’affirmation n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes.« 

Dans les mêmes termes… exactement dans les mêmes. Parfaitement juste, comme on peut le voir avec la déclaration évoquée. A part quelques nuances d’enchaînements, les contre-vérités énoncées le sont à la virgule près, avec le même ton accusateur, le trémolo de la parole divine à révéler au monde dans la voix. On pourra même constater une « amélioration » du discours dans la deuxième intervention. Eh oui, en dix minutes, Dame Mathurin a eu le temps de parfaire la nuance et de recalibrer les choses à dire.
Ainsi, alors que ce n’était « que » Jean-François Copé qui n’a pas d’alternative lors du premier passage, c’est la droite dans son ensemble qui présente le même défaut lors du second. Eh oui, les primaires de la droite n’ayant pas encore désigné la tête d’affiche Républicaine, parler uniquement de Monsieur Copé devient trop restreint. Autant généraliser la critique, cela permet de condamner tous les potentiels  candidats.

« Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstrations, plus elle a d’autorité. »

Cela devient particulièrement criant avec cette phrase contradictoire : « je trouve qu’il n’a aucune alternative à la politique gouvernementale, hein, ce sont des recettes ultra-connues. »

Le condamné n’a pas d’alternative – comme il n’en a pas, on n’en parle pas – et pourtant ce sont des recettes ultra-connues. Mais quelles sont ces recettes si critiquables ? Pas la peine de préciser, puisque l’absence de démonstration véritable conduit à passer le message à merveille : les fêlons socialistes ou les mécréants de la droite utilisent toujours les mêmes recettes. Avec la fini de la diatribe, toujours sans preuve ni explication, on comprend vite que ces fameuses recettes relèvent du fameux démoniaque libéralisme.
Et là, il ne faut surtout pas argumenter : parce que commencer une démonstration reviendrait à prouver justement que la seule piste jamais tentée en France demeure à ce jour le libéralisme.

Mais non, dans l’esprit français, le grand coupable reste à l’heure actuelle le libéralisme. Incroyable contradiction n’est-ce pas ? Cela prouve bien à quel point Gustave a bel et bien raison :

« L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. »

Au final, à la question qui était simplement de savoir pourquoi il fallait garder l’emploi à vie pour les fonctionnaires, aucune réponse n’est donnée. La communiste annone en affirmant qu’il y a de plus en plus de chômeurs, que c’est la faute de la droite, de la gauche, du libéralisme, tous des vilains qui ne veulent que la mort de l’emploi. Pas un mot sur les dits-fonctionnaires et leurs avantages. Rien. Nada.

Le plus dramatique reste le fait que ce type de discours est entendu chaque jour dans les principaux médias. Par des communistes certes, mais aussi des élus des deux camps principaux, par les plus extrêmes, bref par tout le monde. Le libéralisme est la plaie. Pas la peine d’argumenter, de toute façon personne n’est capable de le faire. Mais l’idée demeure.

Voilà une nouvelle preuve de la soviétisation de la société Française.

Et puis c’est tout…

En guise de petit moment de détente, un petit résumé audio pour voir à quel point le discours n’est rien d’autre qu’une récitation :

Sources Audio : Radio Brunet – RMC – Emission du 11/12/2019 – 14h15

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