Service public à la française

« Oui, c’est pour quoi ? »

 

Dans la série la phrase la plus con, une question d’une employée de la Poste qui, de prime abord, paraît anodine. En apparence simplement.
L’histoire ? Comme si vous y étiez.

C’était ce samedi 1er octobre, aux alentours de 10h. Il faisait beau et votre serviteur, pris d’une drôle d’envie de s’affliger une épreuve – et surtout se devant de déposer une petite somme sur son compte – se rend au bureau de poste le plus proche.

Arrivé sur place, rien d’anormal : deux employées surmenées présentant le dynamisme d’un bulot cuit.
Au guichet de gauche, la mine sombre – caractéristique d’un investissement sans faille – l’employée se charge d’accueillir le sourire dans les chaussettes les clients usagers venus pour une opération financière. File d’attente estimée à cinq personnes au début de l’histoire.

Au guichet de droite, personne. Le visage fermé, sévère – l’implication impeccable sans doute – l’employée va et vient entre son bureau et le dernier arrivant de la file d’attente, maintenant constituée de six personnes, pour lui poser LA question :

  • Oui, c’est pour quoi ?

Votre serviteur se retourne vers la bourreau de travail. Le hasard fait bien les choses, il va pouvoir gagner un peu de temps :

  • C’est pour un dépôt.
  • Ah, désolée. Je vous laisse patienter, précise la forcenée en montrant la file d’attente.

Un nouvel arrivant arrive, le scénario se répète :

  • Oui, c’est pour quoi ?
  • C’est pour un retrait.
  • Ah, désolée. Je vous laisse patienter.

L’œil curieux, votre serviteur ne peut s’empêcher de regarder les allées et venues de l’employée. Son bureau, la file d’attente, son bureau, la file d’attente, ah… un petit tour dans une salle fermée, son bureau, la file d’attente. Et toujours la même rengaine :

  • Ah, désolée. Je vous laisse patienter.

Il pourrait être compréhensible que la Dame ne puisse aider sa collègue à se charger des différentes minimes opérations pour les clients usagers présents. Une histoire de logiciel, de prérogative ou autre. Non, en fait, ce n’est pas compréhensible. Cela n’est pas logique. L’employée pourrait au moins prendre des initiatives. Justement, la suite arrive.

La file d’attente avance au rythme d’un escargot empaillé et un nouvel individu se présente pour prendre place en queue de peloton.

  • Oui, c’est pour quoi ?
  • C’est pour un retrait.
  • Venez, je vais voir ce que je peux faire.

Quelque chose a fait qu’il y a eu un changement notable. L’heure peut-être ? La position du soleil ? La vitesse du vent ? Rien n’explique ce qui vient de se passer. A part le simple fait que, à force de faire semblant, la Dame a soudain été prise d’une envie subite de faire quelque chose. L’opération demandée n’est pas difficile. Il s’agit juste de préciser l’état d’un compte dont le client usager a noté les références sur un bout de papier. Après cinq minutes de dur labeur, la tâche est accomplie.

Et puis tout recommence :

  • Oui, c’est pour quoi ?
  • C’est pour un retrait.
  • Ah, désolée. Je vous laisse patienter.

Sentant un regard posé sur elle, la dame, éreintée sans doute, se retourne vers votre serviteur.

Et là, droit dans ses bottes, s’avance :

  • Oui, c’est pour quoi ?

Comment ? Qu’ouïe-je ? Qu’entends-je ? Mais Madame, vous m’avez posé la question il y a deux minutes à peine ! Vous avez déjà oublié ?! C’est moins performant qu’un golden-retriever ! La dame, éreintée sans doute, doit frôler le malaise. Ou présente réellement une mémoire de chimpanzé . Et, finalement, un nouveau client arrive :

  • Oui, c’est pour quoi ?

Le service public dans toute sa splendeur.
Magnifique. Splendide. Et tout simplement con.

Et puis c’est tout.

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