Les Fils prodiges


« Quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? »



sarkoDans la série la phrase la plus con et la plus crédible, la déclaration de Nicolas Sarkozy, président de la République Française, au cours de son discours de présentation de la mille trois-cents vingt-sixième réforme du lycée.

Dans le contexte houleux suite à la proposition de désignation de Jean Sarkozy, le fils du président, à la tête de l’EPAD, l’Établissement public pour l’aménagement de la région de la Défense, le discours présidentiel a évidemment fait jaser et beaucoup parler dans les médias ou sur internet.

Une analyse détaillée du passage controversé risque en effet d’ouvrir plus que certaines perspectives, bien au-delà du simple cas anecdotique de Jean Sarkozy. A découvrir ci-dessous l’extrait du discours de Nicolas Sarkozy le 13 octobre 2009 :

« En 1802 Napoléon Bonaparte décida la création d’institutions scolaires d’un type nouveau destinées, je cite, à accueillir l’élite de la nation.
En référence au lieu où le célèbre Aristote rassemblait ses élèves, il choisit donc d’appeler ces institutions des lycées.
La création du lycée, c’est le geste fondateur de notre éducation nationale.
C’est un geste qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de la naissance.
Cela voulait dire que désormais en France c’est de l’école que sortiront les élites et pas de la naissance.
Cela voulait dire désormais que ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né. Pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par ses études, par son travail, de sa valeur.
Principe de justice, mais en même temps principe d’efficacité car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ?
207 ans plus tard la double exigence de justice et d’efficacité est toujours d’actualité. »

En presque live ci-dessous :
(cliquez sur le triangle pour lancer la lecture)

http://www.opendrive.com/files/5644331_eMhxy/lycée_sarko.mp3%20

Il faut déjà noter une légère réécriture de l’histoire de l’éducation en France.  Nicolas Sarkozy prétend donc que l’acte fondateur de l’Education Nationale est la création du lycée en 1802. Les lois Jules Ferry, dont celle ayant permis la gratuité de l’éducation, apparaissent donc ici secondaires, voire même sans importance.

Mais là n’est pas l’essentiel. Le passage le plus important concerne évidemment la méthodologie de la réussite expliquée par le président :

« Pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par ses études, par son travail, de sa valeur.
Principe de justice, mais en même temps principe d’efficacité car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? »

A partir de ces simples critères, il est donc possible de détailler si Jean Sarkozy a une quelconque légitimité pour être candidat à la présidence de l’EPAD.

« Pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par son travail de sa valeur. »
Jean Sarkozy est à l’heure actuelle officiellement toujours étudiant. D’après sa biographie détaillée, il n’a jamais exercé une quelconque activité salariée ou un travail indépendant. Evaluer sa valeur sur ce point est donc impossible. Reste les critères du savoir et des études.

« Quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? »
Le parcours universitaire du fils surdoué est éloquent : intégration d’une classe préparatoire littéraire (hypokhâgne) en 2004 puis inscription à Paris 1 en 2006 pour suivre un cursus de droit.
Concernant le cycle littéraire, rien n’est mentionné sur le fait d’avoir suivi une deuxième année en classes préparatoires. D’après l’argot étudiant il aurait alors été dit que Jean Sarkozy avait fait ‘khâgne-hypokhâgne’.
Ce qui signifie donc que les deux premières années de cursus post-bac sont une première année de classes littéraires, suivie d’une autre première année : en résumé, le fils aux qualités extraordinaires a redoublé.
Au final, après deux années de dur labeur, Jean Sarkozy n’intègre aucune Ecole Normale Supérieure, aucun Institut d »études politiques ou encore aucune Ecole Supérieure de Commerce, formations qui auraient été possibles si l’étudiant avait réussi les concours. Mais pour cela il faut évidemment déjà suivre les cours de seconde année.

Voilà donc le fils prodige revenu au point de départ en 2006 avec le début d’un cursus de droit. Filière ô combien éprouvante, puisque Jean Sarkozy continue sur sa lancée en redoublant la première année, puis la deuxième. Ce qui fait qu’en octobre 2009, l’élu des Hauts-de-Seine n’a toujours pas validé le moindre diplôme.

En conclusion, et en reprenant les paroles du papounet, concernant les critères du savoir et de la compétence, Jean Sarkozy est l’équivalent d’un étudiant classique, mal orienté, sans aucun savoir-faire et donc sans la moindre  qualification.  En résumé, il ne présente absolument aucun critère pour pouvoir exercer un poste à responsabilités.

Les faits sont hélas éloquents. Jean Sarkozy maintient cependant avoir les épaules pour assumer ce poste et surtout être en tout point légitime. Son argument principal étant d’être élu au Conseil Général des Hauts-de-Seine et dirigeant du groupe UMP-Nouveau Centre-divers droite du conseil général. Il est vrai que le jeune homme a affronté la dure sanction des urnes. Mais être élu conseiller départemental dans un fief tout acquis à la cause que l’on défend n’est pas des plus difficiles. Il faut le faire, certes, mais le résultat aurait pu être légérement différent si la candidature avait été déposée à Roubaix ou dans le 9-3.
De plus être élu ne signifie absolument pas posséder la moindre compétence. Celà signifie réussir à se présenter comme la solution ultime face aux vilains problèmes de la société. Et avec un père rompu aux élections depuis plus de trente ans, ayant affronté tout type de scrutin, les trucs et astuces sont facilement assimilables pour affronter une élection anodine et sans importance.

En réalité, le plus important dans le discours de Nicolas Sarkozy concerne une vision beaucoup plus large du monde politique français. Il suffit pour cela de faire un léger pas de recul, d’avoir toujours en tête la phrase éloquente « Cela voulait dire que désormais en France c’est de l’école que sortiront les élites et pas de la naissance. Cela voulait dire désormais que ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né. » et de simplement regarder les différents arbres généalogiques des élus français :


Roselyne Bachelot
, ministre de la Santé et des Sports : Fille de Jean Narquin, ancien résistant et député RPR de la circonscription d’Angers-Nord. Ainsi, « Elle a repris en 1988, le siège de député de son père Jean Narquin. »

Pierre Bachelot : conseiller parlementaire de sa mère, Roselyne Bachelot.

Jean-Christophe Mitterrand, conseiller spécial pour l’Afrique à l’Elysée lors du mandat de son père, François Mitterand, président de la République de 1981 à 1995.

Gilbert Mitterrand, député dans la 10e circonscription de Gironde (1981-1993 puis 1997-2002). Depuis 1989, le fils cadet de François Mitterrand est maire de Libourne.

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture : Neveu de François Mitterrand, socialiste, ancien président de la République.

Louis Giscard d’Estaing, député dans le Puy-de-Dôme depuis 2002. « Son père, son arrière grand-père maternel, et son arrière arrière grand-père y ont été élus députés« . Comme VGE, il devient maire de Chamalières en 2005.

Henri Giscard d’Estaing, aujourd’hui homme d’affaires, fut conseiller général du Loir-et-Cher : Fils de Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République.

Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice : Fille de Bernard Marie, ancien député-maire RPR de Biarritz.

Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à la Prospective et au Développement de l’économie numérique et maire de Longjumeau : Fille du maire de Sèvres, François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres et vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine.
Elle est aussi la petite-fille de Jacques Kosciusko-Morizet, qui fut résistant gaulliste et ambassadeur de France, et l’arrière-petite-fille d’André Morizet, ancien sénateur-maire communiste puis SFIO de Boulogne-Billancourt.

Henri de Raincourt
, ministre chargé des Relations avec le Parlement : Fils de Philippe de Raincourt, ancien sénateur de l’Yonne appartenant au Groupe des républicains indépendants.

Marie-Luce Penchard, secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-mer : Fille de Lucette Michaux-Chevry, sénateur UMP de la Guadeloupe.

Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste : Fille de Jacques Delors, Jacques Delors, ancien ministre socialiste des Finances, puis président de la Commission européenne.

Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel : Fils de l’ancien Premier ministre, Michel Debré.

Alexandre Balkany, producteur de Direct Poker, une filiale de Direct 8, la chaîne de Vincent Bolloré : Fils de Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret.

François Baroin, maire UMP de Troyes : Fils de Michel Baroin, maire de Nogent-sur-Seine, ami de Jacques Chirac, décédé en 1987 dans un accident d’avion.

Olivier Dassault
, député UMP de l’Oise : Fils de Serge Dassault, sénateur de l’Essonne, ancien marie de Corbeil-Essonnes.

Thomas Devedjian
, membre de la direction du Fonds stratégique d’investissement : Fils du ministre de la Relance, Patrick Devedjian.

Charles de Gaulle
, élu sur la liste du Mouvement pour la France aux élections européennes de 1994. Candidat aux européennes de 1999 et aux municipales à Paris en 2001 sur des listes Front national : petit-fils du général de Gaulle.

François Guéant, a travaillé au cabinet de Brice Hortefeux, en 2005 puis de Rachida Dati, en 2008, aujourd’hui suppléant du député UMP du Morbihan Loïc Bouvard : Fils du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.

Marine Le Pen, vice-présidente du Front national : Fille de Jean-Marie Le Pen, président du parti d’extrême droite.

Olivier Marleix, conseiller technique à l’Elysée, maire d’Anet, vice-président du Conseil général d’Eure-et-Loire : Fils du secrétaire d’Etat aux collectivités, Alain Marleix.

(Sources Nouvel Obs.com et le JDD.fr)

Il est donc hilarant de voir à quel point tout le monde politique s’agite dans un sens ou dans l’autre pour critiquer un phénomène qui en réalité a cours en France depuis des décennies et pour tous les politiques de tout bord. Magnifique.
Il faut la refaire au ralenti :

« Cela voulait dire désormais que ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né. »


Et puis c’est tout…



Jean Sarkozy et sa nomination probable à la tête de l’EPAD sur LPLPC.

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